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DADAROMA

Ce n’est plus un secret : depuis quelques années, la scène « visual kei » traverse une véritable crise, et voit nombre de ses groupes emblématiques disparaître. Désespérément, les regards se tournent vers un futur qui semble incertain, pour ce genre qui s’essouffle. Parmi les fans, certains préfèrent céder à la mélancolie et s’en remettent aux musiciens qui ont contribué à populariser le mouvement, quand d’autres, plus curieux, jettent un œil attentif à la nouvelle génération qui se profile. Et quelle génération ! Aussi vite qu’ils fleurissent, les groupes se fanent, ne parvenant pas à se démarquer ou séduire les cœurs des auditeurs, pour la plupart en deuil de leurs formations préférées. Cependant, quelques uns se distinguent parmi les nouveaux arrivants, et c’est le cas de « DADAROMA ».
Le quatuor, composé de visages familiers, a donné son premier live le 11 janvier 2015, non sans avoir, au préalable, attiré l’attention avec leur premier clip vidéo「溺れる魚 (Obereru Sakana), qui a tôt fait à sa sortie de séduire bon nombre d’amateurs du genre, générant plus de 20 000 vues en seulement deux semaines.
Les membres, qui ne sont autre que Yoshiatsu ( vocaliste ex. Crazy Shampoo), Tomo (bassiste ex. SUPER BOYS), Yusuke et Takashi (batteur et guitariste ex. NAINE) semblent avoir trouvé la recette miracle qui leur permet de se démarquer, aux côtés de groupes tels que MORRIGAN ou ペンタゴン (Pentagon).

« DADAROMA »

Le nom du groupe, choisi par son vocaliste, est né de sa première proposition, « DADAMORA », qui dérivera en « DADAROMA ». Malgré le fait qu’il ait déclaré, lors d’une interview, que cette appellation n’a pas de signification particulière, il n’est pas difficile de faire le rapprochement entre le nom initialement choisi et le terme japonais « だだもれ »(dadamore), utilisé généralement pour parler d’une façon à la fois vulgaire et sensuelle d’une fuite, de liquide ou d’informations, impossible à arrêter.
Dans cette même entrevue, Yoshiatsu nous confie que ses textes sont l’expression des sentiments qui naissent en lui face à des situations qui le révoltent (citant pour l’exemple les journaux télévisés). Le chanteur explique également qu’il n’apprécie pas les textes « mielleux », qu’il juge trop fréquents et qui sont, d’après lui, mensongers. Il citera des vers comme «  Je n’aimerai que toi » ou «  Je ne penserai toujours qu’à toi ». Il préfère, de son côté, se focaliser sur des messages profonds, et prendre de la distance afin de ne juger personne.
Le jeune groupe semble, malgré (ou grâce à) son jeune âge, se concentrer avant tout sur la qualité de ses compositions, désireux de nous proposer un contenu riche tout en se détachant de ce qui est devenu « la routine » dans le milieu. « DADAROMA » serait donc, littéralement, l’union de plusieurs êtres désireux de transmettre avec sincérité leurs sentiments à propos du monde qui les entoure, sans que personne ne puisse les arrêter ni leur soutirer leur volonté de faire la part belle à l’atmosphère sensuelle, voir vulgaire, propre au « visual kei ».

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« UNE ATMOSPHÈRE SENSUELLE ET VULGAIRE »

Si la qualité, en ce qui concerne la musique, est (ou censée être) le critère le plus important au sein d’un groupe, il faut prendre en compte que le mouvement « visual kei » tel que nous le connaissons et l’apprécions n’existerait pas sans l’omniprésence de son esthétisme atypique aux multiples influences, qui fait son charme et donne à chaque formation l’occasion d’expérimenter les extrêmes de l’originalité. « DADAROMA » n’échappe pas à cette règle, et joue même plutôt bien le jeu en arborant des tenues, maquillages et accessoires aussi agréables que dérangeants à regarder. Au premier abord, ils pourraient nous évoquer « MEJIBRAY », – eux-même très doués dans l’art de faire de leurs looks d’étonnantes œuvres mouvantes dont beaucoup se souviendront – mais le jeune groupe a en réalité développé son propre style, qui est particulièrement axé sur l’utilisation très fréquente du noir et du blanc, auxquels s’ajoutent parfois quelques touches de rouge ou de violet, des couleurs qui permettent aux membres de totalement coordonner leurs costumes entre eux. Si leurs visuels ne sont pas au summum de l’excentricité, ils restent tout de même travaillés, et paraissent propres aux personnalités des quatre Japonais : à les voir, l’on devine leur évidente envie de provoquer. Ils osent même, au risque de choquer les plus prudes, glisser des scènes sexuelles très explicites (最終電車 – Saishuu Densha) dans leurs clips.
Ces vidéos réfléchies s’accordent à leur image assez sombre, comme dans「ルシッド・ドリーム。(Lucid Dream), ou, au contraire, s’y opposent avec superbe, grâce, pour certains, à leur atmosphère très colorée, ce qui est le cas de 「リズリーサーカス (Liz Lee Circus). Quoi qu’il en soit, les PVs de « DADAROMA » ne sont, en général, pas uniquement centrés sur le quatuor, mais également sur des acteurs et facteurs extérieurs dont la présence donne un côté plus vivant à l’histoire contée par les musiciens. Un détail aujourd’hui important, car le physique et le style de nombreux artistes tendent (malheureusement) à reléguer au second plant leur(s) talent(s) artistique(s).

Dans un autre registre, Yoshiatsu a déclaré que le morceau « Ame no Waltz » avait été
écrit sur la base de l’idée suivante : « Vous auriez dû être mieux estimés. Vous auriez dû être heureux ». Un concept que l’on saisit dès que l’on s’intéresse aux images et au texte, dont un simple extrait annonce la couleur : « Les adultes essaient de gagner de l’argent des rêves purs et enfantins. Nous continuons à vivre sans s’en rendre compte ».
« DADAROMA » illustre parfaitement la notion de rêve « brisé » (la présence de la figurine de ballerine faisant office de métaphore imagée) , une désillusion provoqué par la société qui nous pousse à « grandir » (le verre de vin, lui aussi, est un symbole), nous amenant finalement à abandonner nos rêves et nous laissant, sans que l’on s’en aperçoive, évoluer dans une vie dénuée de sens.

«  UN TALENT ARTISTIQUE »

Jusqu’ici, le jeune groupe aura frôlé le sans-faute : un visuel soigné, des musiques dites profondes… Mais qu’en est-il réellement du succès de ces titres ?pagedroite
Leur première sortie,「溺れる魚(Obereru Sakana) a su séduire un public très large. Certains y ont même décelé l’influence du « visual kei des années 2000 », ce qui n’est pas si surprenant lorsqu’on sait que le groupe est inspiré par des aînés tels que « Dir en grey ». En tout état de cause, pour un début, il est difficile de faire mieux !
Les sorties suivantes, très attendues, ont surpris par leur diversité et le savant mélange de styles qu’elles véhiculent : metal, « jazz », « cabaret », ballade… Ce défilé a laissé les auditeurs perplexes, et les pistes ont plus ou moins fait leur effet.
Alors que des morceaux comme « Ame no Waltz »「雨のワルツ。」 et « Lucid Dream »「ルシッド・ドリーム。」 ont été appréciés, le style « jazzy » de 「リズリーサーカス
(Liz Lee circus) a plutôt laissé dubitatif, sans parler de son inspiration un peu trop poussée rappelant fortement le morceau « Inside Beast » de « the GazettE » ainsi que « Secret No.3 » de « MEJIBRAY ». Néanmoins,「月のうた」(Tsuki no Uta), « KURT » ou « Imitation hero », les ballades, n’ont eu aucun mal à toucher le cœur des personnes qui ont osé les écouter dans des conditions favorables.
Pour synthétiser le CD「スタンチク (Stanczyk) , il ressemble davantage, vu de plus prêt, à un book de présentation qu’à un réel album ayant une suite logique et un univers dédié. « DADAROMA » cherche peut-être à prouver sa polyvalence musicale, ou bien à toucher un public le plus large possible ? Rien d’inhabituel pour un jeune groupe, cependant, l’effet n’est pas tout à fait au rendez-vous.
Heureusement, le talent des artistes ne dépend pas uniquement de l’uniformité et de la cohérence de leurs CDs. Si certains fans de guitare seraient bien déçus en écoutant du « DADAROMA », qu’ils se rassurent : le groupe a plus d’une corde à son arc et se rattrape en usant et abusant astucieusement du rythme au sein de leurs compositions, n’hésitant pas à y inclure des silences pour rendre la reprise toujours plus efficace. Les refrains, étrangement addictifs, s’inscrivent facilement dans nos mémoires, nous incitant à en redemander, encore et encore. Mais, par-dessus tout, l’atout indéniable du groupe reste la voix de Yoshiatsu : puissante et superbement maîtrisée, aussi bien en studio qu’en live, une qualité rare que certains groupes plus expérimentés pourraient même jalouser.

Pour conclure, le groupe « DADAROMA », bien qu’encore maladroit dans l’expression de son identité et loin de rivaliser avec ses aînés, semble être parti sur de bonnes bases, qui lui ouvrent la voie vers un bel avenir.

Entamant sa deuxième année d’existence à peine, la formation ne manque pas d’audace et de créativité : espérons qu’elle aura l’opportunité d’évoluer avec le temps, pour toujours mieux surprendre. La scène « visual kei », il faut l’avouer, nous présente rarement des successeurs aussi prometteurs.

 

 

Sources :

http://www.dadaroma.com
http://www.musiclived.tumblr.com/post/144135990864/translations-rr-vol-63-dadaroma-yoshiatsu
https://www.jrocknews.com/2016/06/dadaroma-release-album-digest-first-best-album-stanczyk.html
http://www.dadaroma.com/schedule/
http://www.visualvice.com/?page=dossier_view « http://www.visualvice.com/?page=dossier_view&id=227″& http://www.visualvice.com/?page=dossier_view&id=227″id=227
https://twitter.com/ddrm_official?lang=fr (photo)
https://visualioner.com/2016/01/02/dadaromas-new-look-3/ (photo)
https://zuihitsu2016.wordpress.com/2016/04/22/dadaroma-%E9%9B%A8%E3%81%AE%E3%83%AF%E3%83%AB%E3%83%84ame-no-warutsu-translation/ (lyrics de Ame no Waltz)
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